Le sujet, l’individu, le citoyen – Margaux Raquin

I Le sujet:

Le sujet est un terme très vaste, il est à la fois ce qui est objet de la pensée et de la connaissance ainsi que le support de certaines autres réalités (actes, conscience, perception, droits,.). Le sujet peut être soumis à une hiérarchie politique (par exemple, le sujet doit obéissance à son souverain). En grammaire, Le sujet est classiquement établi comme « ce dont parle le reste de la phrase », soit le thème de la phrase.

« Je » est le pronom personnel singulier, il est la représentation du moi.
Cette représentation commence dès l’enfance ou l’enfant commence à parler de lui à la première personne, ce moment est décisif et irréversible il symbolise la conscience subite de soi. Il se saisit lui même comme sujet pensant et conscient. Cette faculté de conscience à se prendre elle -meme pour objet s’appelle la « réflexivité ». Il fait de l’être humain une personne, « un sujet moral responsable constituant une fin en soi » selon Emanuel Kant qui déclare également :

« Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne.»

Emmanuel Kant


Cette conscience est donc réfléchie, chaque sujet se définit alors progressivement à travers les états de conscience et se concentre sur ses intentions. La conscience du sujet existe du fait qu’il a conscience d’avoir une conscience. C’est par là qu’il se connait et pénètre au coeur de lui-même afin d’essayer d’en saisir l’essence. La célèbre formulation de Descartes dans Meditations Metaphysiques illustre cette idée : « cogito ergo sum » ; « je pense donc je suis» .Cependant cette citation finit par se vider de son sens à force de répétition car le fait de dire : je pense amène à l’idée : je suis. Simultanément, il y a aussi une unité qui relie toutes les représentations, toutes les sensations, et la diversité du vécu : tout ce qui est relié à un Je. Quel Je? « Où est donc ce moi s’il n’est ni dans le corps, ni dans l’âme? » nous dit Pascal dans Pensées. La subjectivité c’est à dire le sujet est une impasse théorique. Freud, lui, remplace l’individu par le sujet il oppose aux différentes interprétations du sujet celle de sujet psychanalytique compris comme sujet de l’inconscient.. Sa psychanalyse c’est se mettre en situation d’opérer sur le sujet qui ne cesse de se destituer en même temps qu’il se constitue dan le temps double de l’aliénation et la séparation.


Le sujet est donc une chose insaisissable, il est tout simplement. Quand on cherche à trouver le « moi » on ne trouve rien. Il n’y a jamais que la pensée qui, dans son cours, puisse donner, en se prenant pour objet, consistance à l’idée du moi. On peut alors rattacher le sujet à Autrui , car il est un autre Moi. Autrui est indispensable à l’existence car il permet la connaissance de soi , donc du sujet.. Il demeure étranger à moi même tout en étant pareil dans le concept. C’est ce qui constitue le caractère de chaque sujet.

C’est à la fois mon alter-ego et mon opposé.

« Autrui, c’est l’autre, c’est à dire le moi qui n’est pas moi. »

Sartre, l’être et le néant 1943

 II L’individu :

On peut rattacher la notion d’autrui à la notion d’individu, car c’est grâce à autrui que va se construire l’individualisme et donc l’identité propre, en ayant un modèle et un reflet sur lequel s’appuyer. Il constitue la relation première et donc la conscience d’être unique, d’être un être indivisible. Du latin individuum, « ce qui est indivisible ». L’individu ne de définit ni par procédé habituel, ni par la raison, il faut trouver des différences et y opposer d’autres notions, dans plusieurs champs sémantiques. En biologie il s’oppose a la totalité et a l’unité. En psychologie, c’est l’autre en face de l’universalité. En sociologie, il s’oppose a la collectivité ce qui est un paradoxe. Un individu est ce qui ne peut être ni partagé ni divisé sans perdre les caractéristiques qui lui sont propre.


Il est aussi indivisible car que le corps forme un ensemble avec l’âme, tout du moins en théorie car on peut penser que l’âme et le corps sont deux entités distinctes. Mais cela n’empêche que la conscience de l’homme sur lui-même donc sur son physique le présente comme un individu. C’est une notion au premier abord dégradante car anonyme, elle fait perdre un peu l’identité de la personne. Un individu est vu comme un terme renvoyant à la solitude car il se démarque des autres. Il se détache de la notion de sujet et donc d’autrui car il est original et ne ressemble en aucun cas aux autres : c’est idéologiquement et scientifiquement impossible. Il est l’être représentant l’unité élémentaire d’une espèce : l’Homme.


Claude Levi Strauss oppose le collectif et l’individuel : c’est la circularité par laquelle un schaman donne corps au groupe qui l’encadre dans le fait qu’il n’est pas comme les autres. Les individus n’existent que comme différents. La vision du moi se transforme en conscience de soi. L’idée d’être un individu inclut une vision de l’humain comme étant autonome et indépendant. L’homme en tant qu’individu fait aussi partie d’un tout plus grand : la société. Il est reconnu comme existant à l’intérieur de celle-ci. C’est grâce à cette unité qu’il arrive à progresser et à s’imposer parmi les autres, tel que le présente Kant dans sa métaphore de l’arbre et de la forêt. Un arbre ne pousse pas de la même manière qu’il soit seul ou entouré. Isolés, les arbres « lancent leurs branches comme il leur plaît et poussent rabougris, inclinés et courbés», ils ne s’élèvent donc pas. Mais avec les autres dans la forêt, ils ne peuvent que mourir étouffés ou pousser droits vers le soleil et la lumière. Leur coexistence est similaire à la vie de l’individu dans la société, sans l’autre il n’existe pas, se perd. Lorsqu’il fait partie de ce tout, il a un but, se développe dans la vie sociale et donc dans la société.

«Une société n’est pas plus décomposable en individus qu’une surface géométrique ne l’est en lignes ou une ligne en points ». Comte : système de politique positive.
Cette réflexion nous amène à une notion autre mais dans la continuité de l’Homme aujourd’hui : la citoyenneté. Elle signifie que l’Homme est un individu unique mais participant à un
ensemble infiniment plus grand.

«l’individu c’est le profil de l’universel.»

Michel Serre

  III Le citoyen :


L’existence d’une société est nécéssaire au progrès de l’humanité, l’homme ne peut s’élever qu’au sein de l’Etat, il doit être éduqué et se définit come étant citoyen. Le citoyen, tel que peut le concevoir notre droit en ne le considérant qu’au travers de ses droits, est avant tout un titulaire de droits. Le citoyen de la théorie politique moderne est conçu comme le sujet politique qui détient des droits. Cette idée rejoint la définition antique du citoyen, « celui qui jouit des droits de Cité ».

Quels sont les droits caractérisant le citoyen ?


Le citoyen est titulaire de droits politiques : le droit de participer aux affaires politiques de la cité (dans notre conception moderne, le droit d’élire et d’être élu , le droit de participer au gouvernement). Ceux-ci permettent davantage de donner corps au citoyen : il est celui qui peut élire, être élu ou participer au gouvernement du peuple. Pour Aristote, « l‘homme est par nature un animal politique » et le citoyen est « celui qui a la faculté de participer au pouvoir délibératif et judiciaire » . « De quoi fait profession le citoyen ? De n’avoir aucun intérêt personnel, de ne jamais délibérer comme s’il était isolé mais d’agir comme le ferait la main ou le pied s’ils pouvaient raisonner et comprendre l’ordre de la nature : ils n’auraient jamais ni aspirations ni désirs sans les rapporter au tout ». Epictète, Entretiens 130 ap JC.

Déja dans l’antiquité, le citoyen était considéré comme une partie d’un tout qui fait un choix en se rapportant toujours à l’ensemble et au bien vouloir de ses concitoyens. Il n’est plus seul mais fait partie d’une communauté. Les droits politiques et civils, et la vie en démocratie constituent donc l’essence du citoyen. Il est un être libre qui obéit aux lois car il n’y a pas de liberté sans lois, donc le peuple n’obéit qu’aux lois et c’est pour cela qu’il n’est pas soumis aux autres hommes.

L’abolition de l’esclavage fut une progression immense vers la notion de citoyenneté.
C’est d’ailleurs la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 qui marquera cet avènement. Elle garantit à l’homme la jouissance de ses droits naturels et imprescriptibles qui sont la liberté, l’égalité , la sureté et la propriété. Il a ses droits mais aussi ses devoirs. Il se doit de s’associer aux autres même si deux forces contraires s’opposent en lui, Homme : c’est la thèse de l’insociable sociabilité selon Emmanuel Kant dans Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolite. Car son insociabilité le rend incapable de se plier a la règle commune d’une institution. Mais être citoyen c’est vivre en communauté, donc il faut vivre en paix au sein d’une société juste et équitable. Le citoyen est tolérant même si c’est un état contre nature car il requiert le refoulement des pulsions.
On peut rejoindre cette vision spécifique du citoyen dans Le Leviathan de Hobbes ou encore Du contrat social de Rousseau qui discutent la thèse du contrat social liant les citoyens dans un pacte. Ce pacte s’effectue entre l’Etat et le citoyen qui se soutiennent mutuellement pour ne pas basculer dans le chaos et la rebellion.

La notion de citoyen est alors fragile.


 Et moi dans tout ça?

L’Argentin Leandro Berra propose a tout public de satisfaire cette quête de l’autoportrait et du Soi.

Le modèle doit représenter son portrait-robot via un logiciel semblable à celui utilisé par Interpol. La personne choisit et module, parmi un choix limité mais très vaste, ses cheveux, ses yeux, son menton, ses joues, ses rides… Le modèle ne doit pas s’aider d’une glace, de photographies. Là ou un reflet donne un sentiment de conscience immédiate et parfaite de soi, ce dispositif fissure la confiance narcissique pour imposer un vide vertigineux : je ne vois pas, je ne sais pas qui je suis mais j’essaye de me reconnaitre. Il a même fait cette expérience avec plusieurs dizaines d’internés de l’asile psychiatrique de Buenos Aires. Les visages ont une puissance d’expression toute particulière, comme si quelque chose se contenait , se rétracte et s’épanche avec une violence discrète. Toute cela amène a une inquiétante étrangeté et à l’éclat de l’identité.

Nous portons tous les gènes de Narcisse, qui jamais ne parvint à s’emparer de sa propre image.

Ecrit par Margaux Raquin – Peintures par Francis Bacon